Internet.org: Greed vs Vertu

21 août 2013 - Leave a Response

Des leaders de l’industrie technologique (parmi lesquels figurent Facebook, Samsung, Nokia, Qualcomm et Ericsson) ont annoncé ce matin le lancement d’une initiative, Internet.org, se donnant pour mission de lutter contre la fracture numérique auprès des deux tiers de la population mondiale n’ayant pas accès à Internet.  Difficile d’être contre la vertu: la démocratisation des communications est un enjeu pourfendus par nombre d’ONG et de mouvements citoyens en ce qu’elle rend possible des communications citoyennes favorisant l’émancipation sociale, culturelle et économique. Mais puisque l’Internet ne saurait se résumer aux médias sociaux, comment ne pas percevoir au travers de ce formidable écran de fumée ce qui demeure d’abord et avant tout le soucis pour les partenaires de ce projet d’accroître leurs marchés?

Impossible de ne pas voir dans Internet.org une réaction aux projets menés par d’autres géants de l’industrie, notamment Project Loon présenté par Google proposant de tenter de procurer un accès à Internet par le biais de ballons flottant à plus de 15km dans l’atmosphère. Difficile également de ne pas l’associer aux démarches entreprises par Twitter auprès de plusieurs télécommunicateurs en Asie, en Afrique et en Amérique latine dans l’optique d’attirer de nouveaux consommateurs alors que les marchés européens et américains semblent en voie d’être saturés.

La fracture numérique est à la fois un phénomène social, culturel, économique et politique. Elle décrit l’exclusion de large strate de la population des réseaux de communications numériques pour des motifs d’accessibilité, d’inégalités socioéconomiques ou par manque d’intérêt. Elle ne concerne pas que les populations vivant dans les régions les plus arides de la planète mais aussi bien des citoyens d’États occidentaux n’ayant soit pas les moyens, pas les compétences ou pas l’intérêt à utiliser les technologies de l’information pour interagir avec leur environnement, avec d’autres citoyens ou avec leurs institutions.

Internet.org propose de connecter les deux tiers de la population mondiale n’étant pas déjà en ligne en axant leurs actions autour de trois défis:

  • Rendre l’accès abordable: alors que les partenaires au projet développeront et mettront en place des technologies visant à rendre abordable l’utilisation des données (collaborer afin de développer des appareils mobiles de haute qualité à moindre coût tout en favorisant le déploiement de réseaux dans les communautés non-desservies présentement);
  • Utiliser de façon plus efficiente les données: réduire le nombre de données nécessaires dans l’utilisation d’applications et dans les pratiques de navigation (projet déjà entamé par ailleurs chez Facebook depuis un certain temps);
  • Aider les entreprises à offrir un accès à Internet: en supportant le développement de plans d’affaires novateurs incluant de nouveaux incitatifs pour les opérateurs, manufacturiers, développeurs afin d’offrir une accessibilité aux réseaux à un coût moindre….

Différents regroupements, réseaux communautaires de sans fil par exemple (Community Wireless networks pour les latins), sont à l’oeuvre sur le terrain depuis souvent plus d’une décennie afin de promouvoir, déployer les infrastructures nécessaires à la démocratisation de l’accès aux réseaux. Ils ont le savoir-faire, l’appui des institutions et communautés locales et l’accès à un vaste réseau d’échange d’expertise mais sont trop souvent limités dans les ressources financières nécessaires à l’acquisition de matériel pour adresser à moindre coût la fracture numérique.

Au-delà de l’opération de relations publiques menée par Mark Zuckerberg et ses partenaires, l’appui à ces regroupements aurait, pour une fraction du prix, permis d’atteindre encore plus rapidement des résultats tout en permettant le développement d’une expertise locale pour les communautés visées. Si ce projet permet de populariser l’enjeu de la fracture numérique, il n’en demeure à mon sens rien de moins qu’une « pink ribbon-isation » des dépenses en R&D des géants des communications qui en sont partenaires.

ZAP Québec: le plein potentiel de l’innovation citoyenne¹

8 mai 2013 - Leave a Response

Aujourd’hui, je suis ravis de me voir offrir l’occasion de souligner les efforts de la Ville  dans le cadre du projet de collaboration entre la Ville de Québec et IBM (Smarter Cities Challenge).  ZAP Québec est un des exemples les plus probants des efforts que met en place la Ville de Québec afin de contrer la variable d’accessibilité à Internet de la fracture numérique.

En novembre 2013, ZAP Québec célébrera son 7e anniversaire. Bien que ce soit court dans la vie d’un organisme, la notoriété qu’a acquis notre projet auprès de près de 300 partenaires commerciaux, institutionnels, événementiels et communautaires démontre la vitalité de l’économie numérique de la Capitale-Nationale et illustre parfaitement ce qu’est l’innovation citoyenne dans une ville intelligente.

Je vous présente ici ZAP Québec et le mouvement dans lequel l’organisme s’inscrit avant de vous démontrer en quoi ce projet s’avère être davantage qu’une infrastructure technologique. J’y explique sa popularité, en lien avec les tendances sociales pour la mobilité dans la région de la Capitale-Nationale et illustrerai comment il a su en si peu de temps se trouver au coeur des échanges numériques des citoyens et visiteurs de la Capitale-Nationale.

Qu’est-ce que ZAP Québec?

ZAP est un OBNL créé en 2006 reposant sur une équipe de bénévoles pour déployer, entretenir et faire la promotion d’un réseau de points d’accès gratuits à Internet sans fil sur tout le territoire de la Capitale-Nationale.

En 2013, il regroupe près de 300 partenaires communautaires, commerciaux et institutionnels dont la Ville de Québec, de Lévis, organismes fédéraux et québécois.

L’organisme repose sur une équipe d’une cinquantaine de bénévoles qui prennent part aux installations et voient au bon fonctionnement de son réseau. Deux employés permanents voient à l’encadrement des bénévoles et ressources techniques contractuelles, au développement des affaires ainsi qu’au soutien aux usagers.

La structure décentralisée de l’organisme a permis le déploiement de près de 500 points d’accès dans des commerces, centre communautaires et édifices municipaux situés sur ou à proximité des principaux lieux publics, parcs ou artères commerciales de la région.

L’infrastructure repose sur les épaules de ces nombreux partenaires qui paient les équipements, assument le coût des connexions Internet utilisées et versent une cotisation annuelle à ZAP pour l’entretien des points d’accès, le soutien technique aux usagers et la promotion du service.

de plus, ZAP bénéficie du soutien financier du Gouvernement du Québec grâce à des subventions en appui à sa mission de la part du Bureau de la Capitale-Nationale et du Secrétariat au Conseil du Trésor (maintenant, autrement MSG) à hauteur de près de 400 000$ depuis 2008.

Community Wireless networking

ZAP est une communauté de réseau sans fil (Community wireless networking).

On retrouve de ces organismes citoyens dans toutes les régions du monde, avec une très forte concentration au Québec. Une forte proportion de ces groupes, de même que plusieurs entreprises commerciales, utilisent d’ailleurs un logiciel originaire de nos collègues de Montréal qui, en 2004, développaient et diffusaient le logiciel Wifidog utilisé afin de gérer un réseau décentralisé de points d’accès à Internet sans fil.

Ces groupes québécois sont membres de l’Alliance des communautés sans fil (Alliance CSF) qui permet une meilleure coordination, l’échange de procédures et des développements informatiques collectifs entre les différentes région du Québec pour ces organismes indépendants. Le développement du logiciel AuthPuppy, successeur de Wifidog, d’ailleurs été initié par l’Alliance CSF bien que piloté et financé en majeure partie par ZAP Québec entre 2009 et 2010. L’AllianceCSF permet également d’assister des regroupements intéressés à mener des projets similaires dans leur communauté respective en offrant des ressources (serveurs, programmation, logiciels, matériel signalétique) et de l’information pour les aider à mener à terme leur projet.

Alors que dans les années 90 ces initiatives reposaient essentiellement sur des programmeurs et mordus d’informatique qui n’avaient pour objectifs que les développements techniques entourant la technologie Wifi (Sandvig, 2004; Schuler 1996), ce n’est qu’autour des années 2000 que ces groupes ont élargi leurs bases militantes à des acteurs variés touchant la sociologie, les communications, l’urbanisme, ainsi que des milieux économiques et institutionnels.

Ce faisant, ils ont développés des visées culturelles, communautaires et sociales adressant de front la fracture numérique et la question de la démocratisation des communications (O’Neil, 2002; Powell, 2006).

Les communautés sans fil en sont venus à constituer le point de rencontre entre la culture hacker, celle de l’OpenSource et les milieux créatifs, associatifs, institutionnels, économiques et politiques afin de mettre la technologie Wifi au service de la communauté (Longford, 2005).

Le Wifi pour investir les lieux publics

Il ne s’agissait plus tant d’offrir un environnement technologique pour permettre à tous d’accéder gratuitement à de l’information publique, mais une forme de participation civique, une façon innovante de convertir les espaces publics d’une ville pour constituer leurs prolongement virtuels où l’environnement culturel et politique pouvait être occupé non seulement par ceux qui en ont les moyens, mais bien par une communauté vivante et réellement intelligente.

Une ville comme Québec l’a bien compris en convenant d’un partenariat avec ZAP et en l’appuyant directement dans sa mission avec plus du quart des points d’accès de son réseau se trouvant dans des équipements de la Ville, comptant pour près de 50% des connexions.

Cette structure innovante, ce carrefour des échanges numériques d’une ville intelligente permet de regrouper des citoyens, entreprises et institutions en procurant des opportunités d’innovation pour tous.

Davantage qu’une Infrastructure

À chaque année, le Magazine Forbes établit le palmarès des villes américaines les mieux équipées en Internet sans-fil. En 2010, Portland s’y classait première avec un ratio d’une borne par 4440 habitants. Mais Québec, avec un ratio d’une borne pour 1646 habitants, se classerait parmi les villes les plus Wifi d’Amérique du Nord selon les observations d’Isabelle Porter, journaliste au Devoir ayant traité de la question.

Une moyenne de 85 points d’accès sont ajoutés à chaque année (la phase de déploiement accélérée menée entre 2009 et 2010 a même permis d’ajouter 120 points d’accès). Si bien qu’aujourd’hui, ce sont près de 500 points d’accès qui sont disponible dans la grande région de Québec, couvrant près de 60% des espaces publics de la Ville de Québec.

Alors que pour le seul mois de février 2007 ZAP Québec recevait 113 connexions sur un réseau comptant 35 points d’accès, ce sont plus de 145 000 connexions qui auront été enregistrées en février 2012. Pour toute l’année 2012, ce sont plus de 2 millions de connexions qui auront été enregistré sur l’ensemble du réseau, provenant de 532 000 appareils distincts, et tout porte à croire que ce nombre doublera une fois de plus en 2013.

Promouvoir l’utilisation du transport collectif au moyen du Wifi

La popularité du réseau ZAP est en lien avec les tendances sociales québécoises en matière de pratiques de navigation et de mobilité. Son bassin potentiel d’usagers s’accroît de manière exponentielle année après année alors que s’estompe l’effet générationnel quant à la possession d’un appareil portable (71% des 18-24 ans possède un tel appareil alors que cette proportion est tout de même de 42% auprès des 55-64 ans).

La variable du revenu semble toutefois persister selon les observations du Cefrio dans son bulletin Net-Tendance portant sur la mobilité en 2011 (24% des gens ayant un revenu de moins de 20 000$ posséderait un appareil mobile contre 76% pour ceux dont le revenu excède 80 000$).

Conscient que cette fracture numérique sévit toujours bien que l’on observe une meilleure accessibilité aux appareils mobiles, ZAP Québec a eu l’occasion de mandater deux équipes de recherche afin de mieux connaître ses usagers, d’en dresser le profil socioéconomique afin de privilégier des projets susceptibles de répondre à leurs besoins et pratiques de navigation.

Une équipe d’étudiants-chercheurs du Laboratoire de Sociologie de l’Université Laval, Maxime Clément et Simon-Olivier Gagnon, ont observé, entre autres, que les pratiques mobiles des plus jeunes étaient centrées sur les aspects communicationnels alors qu’elles sont davantage informationnelles chez les usagers plus âgés. Cette observation nous a confirmé l’importance d’accroître notre présence dans tous les événements culturels grand public de la région de la Capitale-Nationale (Festival d’été de Québec, Web à Québec, Envol et Macadam, Carrefour international de Théâtre de Québec par exemple).

Ces derniers ont également pu observé dans les cohortes étudiées que le deux tiers des répondants accordaient une grande place à la mobilité dans leurs pratiques de navigation. Cette dernière observation rejoint également les conclusions de Robert Michael Doyle, du Groupe interdisciplinaire de recherche sur les banlieues de l’Université Laval qui, quelques mois plus tard, menait pour le compte de ZAP Québec une vaste enquête auprès de nos usagers.

Ses principales observations furent:
- Que les usagers préfèrent les lieux pleins de vie et d’activités, les lieux plus fréquentés, à proximité des rues commerciales et des transports collectifs;
- Que le Wifi plaît à l’être social et mobile, qu’il satisfait un désir d’être en public;
- Que la socialisation de ces individus se fait parallèlement à des niveaux réels et virtuels;
- Que le temps de déplacement en transport en commun perçu comme perdu se trouverait requalifié comme productif si l’individu pouvait bénéficier du Wifi.

Alors que ZAP Québec travaillait à l’élaboration d’un prototype abordable permettant de déployer dans les transports collectifs un tel service, les conclusions de cette étude nous incitèrent à miser sur la mobilité Wifi pour poursuivre notre développement en frappant l’imaginaire de nos usagers. L’implantation de bornes à bord des traversiers, les projets-pilotes du RTC et l’implantation au sein de 31 véhicules de la STLévis et de 19 additionnelles dans des sociétés de transport collectifs effectuant des liaisons quotidiennes vers Québec (Express Lotbinière, Société de transport collectif de la Jacques-Cartier, Transport collectif Portneuf) nous a permis de mesurer l’engouement pour ce service auprès des usagers.

Déployés dans certains cas depuis plus d’un an, ces organisations nous confirment que le Wifi dans leurs véhicules contribue à accroître la popularité du transport collectif. Un tel projet ravive également l’intérêt des usagers, des partenaires ainsi que toute l’équipe de bénévoles de ZAP Québec, ravis de contribuer au rayonnement de la Capitale- Nationale dans toutes les régions du Québec.

Le plein potentiel de l’innovation citoyenne

Au-delà d’une infrastructure technologique, ZAP Québec est un véritable laboratoire citoyen où s’exprime le plein potentiel de l’innovation citoyenne. Nous ne sommes qu’à entrevoir les premières applications que permettent le déploiement d’un vaste réseau de points d’accès à Internet sans fil en matière de mobilité et de travail nomade. Nous entrevoyons déjà le formidable élan de créativité et de développement communautaire et social rendu possible par un projet rassembleur.

Si la réappropriation citoyenne de l’espace public virtuel figure toujours au coeur de la mission que s’est donnée ZAP Québec, il est évident que l’environnement dans lequel baigne notre communauté, marqué par une incroyable accessibilité, la transparence et l’engagement de la Ville de Québec, laisse place aux perspectives les plus enivrantes pour les prochaines années.

Je suis ravis que ZAP Québec figure parmi les projets mentionnés comme illustrant ce qu’est une communauté intelligente mais surtout encouragé de l’implication citoyenne et de la saine communication que notre projet contribue à établir pour les citoyens entre eux et envers leurs institutions.

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¹ Retranscription de la présentation faite pour ZAP Québec le 8 mai 2013 dans le cadre des travaux du Défi des villes intelligentes 2013 (Smarter Cities Challengede collaboration entre la Ville de Québec et IBM.

Fracture numérique ou Rupture politique?

7 mai 2013 - Une Réponse

N’ayant pas renouvelé ma carte de membre du club des mal-cités, je prends la génisse par les pattes pour éviter la catastrophe (i.e. avant que certains égos démesurés se fassent vilains avec moi) et vous partage gratis ma présentation du 6 mai 2013 dans le cadre de la Table ronde sur la fracture numérique organisée par l’ITIS qui s’est déroulé au Cercle.

Vous en excuserez parfois la forme, la syntaxe et les coquilles, ce ne sont que des notes de présentation après tout.

Politologues: note que si les concepts ne sont pas définis, c’est que mon intervention survenait après celle Pascal Plantard à qui était naturellement confiée la tâche de préciser et étayer les concepts. Vous comprendrez en consultant ses publications, parmi lesquelles figure un ouvrage qui a accompagné ma réflexion (Pour en finir avec la rupture numérique, 2011).

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Je remercie l’ITIS d’avoir organisé cette table ronde sur la fracture numérique dans le Contexte du Congrès de l’ACFAS se déroulant à l’Université Laval toute la semaine mais aussi dans le contexte plus large des réflexions sur Ville ou communauté intelligentes entamées il y a maintenant un peu plus de deux ans dans notre Capitale-Nationale.

Il est évidemment question de fracture numérique, mais aussi de rupture politique par rapport à un idéal de citoyenneté numérique et d’un idéal démocratique (idéal qui n’est donc pas seulement numérique).

La fracture n’est pas du seul domaine politique ou citoyen mais dans un soutien du politique aux projets citoyens qui tentent d’adresser cette question cruciale.

Ces dernières années, nous avons caressé des ambitions démesurées et envisagions des potentiels enivrants en traitant d’émancipation citoyenne, de gouvernance numérique, d’un État facilitateur, d’un État comme producteur symbolique de l’ethos des citoyens.

Aujourd’hui, on fait le dur constat de la rupture entre ce monde des possibles et la réalité. Je demeure convaincu que ce sont des idéaux atteignables. Mais alors où échoue-t-on? Que nous manque-t-il?

La fracture numérique a été précédemment bien définie et discutée. Suivant mon implication dans ZAP Québec, Québec Ouvert et Capitale Ouverte, je me contenterai ici d’en départagerais brièvement 4 grands traits:

1) Question d’accès:à laquelle on réduit généralement la question de fracture numérique et qui serait conséquente d’inégalités multiples (socioéconomiques, culturelles, géographiques, de statut, de genre, de capital éducatif, etc).

L’innovation citoyenne est depuis plusieurs années à l’oeuvre pour adresser cette variable et de nombreux projets issus société civile en témoignent, parfois appuyés par le milieu politique, surtout municipal. Que l’on pense aux CACI, aux formations organisées dans les biblio pour démystifier, accompagner et éduquer citoyens dans leur appropriation du numérique.

Et à ZAP Québec également, qui a vu depuis 2006, avec son vaste réseau de partenaires commerciaux, institutionnels, événementiels et communautaires, à déployer un réseau de 500 points d’accès gratuits à Internet sans fil.

Bref, la vitalité citoyenne est déjà à l’oeuvre pour corriger cette fracture ainsi que l’a illustré Kevin Granger de WeSeekYou en faisant état des observations de son étude menée en 2010 auprès de communautés en régions éloignées du Québec.

2 et 3) Question de l’influence et la variable commerciale: ces deux questions sont adressées de front par Québec Ouvert, qui mise sur la transparence et les données ouvertes pour faciliter l’innovation citoyenne, en considérant l’apport de développeurs dans le l’offre d’applications touchant plus que les nids de poule, mais multipliant les lieux d’échanges entre les citoyens et leurs élus.

À mon sens, l’objectif est surtout de démontrer, en créant une brèche pour impliquer l’expertise citoyenne dans les processus législatifs, que la terre (et avec elle l’appareil gouvernemental) continue de tourner sans révolution (perle linguistique) lorsque l’on ose impliquer le citoyen et bénéficier de ses lumières avant d’agir.

Rien de tel que l’ouverture des données pour faciliter l’expression dans l’espace public de contre-discours, d’idées novatrices éclairées par cet accès et par les manipulations citoyennes de données et d’informations gouvernementales non filtrées, directement aux sources, ayant une influence sur la délibération et potentiellement sur l’intervention publique.

4) l’aspect Politique que revêt cette fracture m’intéresse davantage. Par politique, je n’entends pas ici le politique, le vaste espace de délibération, mais l’espace restreint de législation, de policy-making. Regarder la fracture numérique sous cet angle politique nous amène à considérer que le manque flagrant de leadership politique peut ralentir l’innovation citoyenne (j’ai dit, par étourderie, freiner, sachant bien – et le répétant en conclusion – que personne ne saurait réellement freiner une locomotive sociale aussi imposante de sa course).

Je m’explique: Les décisions étatiques, les politiques publiques et les valeurs ou positions qu’elles défendent, ont un impact sur les schèmes de compréhension des citoyens, sur les représentations sociales qu’ils forment et sur les positions qu’ils adoptent autour d’enjeux sociaux.

C’est bien ce qui se passe lorsque l’immobilisme ou l’improvisation de nos institutions décourage et alimente le désintérêt de certains citoyens envers le numérique.

Les idées, les discours c’est flou. Des applications, des projets tangibles, c’est pas mal plus sexy.

Ce n’est pas parce que les femmes et hommes politiques ne comprennent pas le numérique, ils l’intrumentalisent plutôt aisément au niveau partisan alors qu’on observe, ici comme ailleurs, une montée des database party à des fins de numérisation de l’électoralisme et du marketing politique.

S’ils le comprennent bien au niveau électoral, ca ne semble pas être le cas au niveau des politiques publiques alors qu’incohérences rivalisent avec démesure lorsqu’il est question de projets numériques au Québec. Nous avons assisté à toute une vague de projets publics numériques sans aucune coordination ou vue d’ensemble pilotés au sein de différents ministères ces 5 dernières années (rf, Système intégré d’information de justice (75M) et Dossier santé Québec (1.4MM)). Projets qui, selon le Vérificateur général du Québec, ne respectent ni leur coûts, ni leurs échéanciers, ni leur portée.

Imaginez ce que feraient ces organismes citoyens, tous ces projets d’inclusion numériques menés sur le terrain par la société civile avec un 1.4 milliards de dollars: une véritable révolution et plus encore!

On a récemment  cru que le gouvernement du Québec  se mettrait enfin en phase avec sa société civile alors qu’était publié le Rapport GAutrin et que l’on créait un comité-conseil regroupant plusieurs acteurs oeuvrant dans le numérique (Québec Ouvert et ZAP Québec ont été consulté et y étaient représenté). On croyait avec enthousiasme que les interventions publiques seraient éclairée par une feuille de route guidant la fonction publique dans la mise en oeuvre d’un plan numérique.

Mais la récente élection, la dormance de ce comité conseil et derniers mois d’activités parlementaires (mis à part quelques wet dreams ci et là) démontrent l’ampleur du manque de vision et l’absence de leadership politique en matière de numérique au Québec.

Les projets numériques gouvernementaux adressent les citoyens à titre d’individus consommateurs de services publics, suivant une logique topdown alors que le numérique impose une vision plus horizontale, facilitant l’apport des citoyens dans le processus législatif, dans le policy making, suivant une certaine forme de eGovernance.

Si on ne surpasse pas la petite politique et l’opportunisme électoral, le numérique demeurera un outil politique servant à la numérisation d’un monde analogique noir, blanc et propagandiste tout en maintenant la démocratie représentative dans son marasme actuel.

Nous échouons donc actuellement sur le plan politique parce que:

- nos leaders politiques n’engagent pas de ressources administratives, financières et intellectuelles afin d’inscrire le numérique dans l’agenda législatif;

- les interventions numériques actuelles de l’État semblent réactives ou improvisées, résultant de politiques publiques mal informées, d’apparence pas ou mal coordonnées;

- on semble préférer un agenda de connectivité plutôt qu’un agenda de développement;

- on peine à définir l’intérêt public à l’ère numérique, à appuyer la société civile déjà à l’oeuvre.

Mais comme je l’ai dis plus tôt, côtoyant quotidiennement ces agents de changement déjà à l’oeuvre sur le terrain pour adresser ces problématiques, j’ai confiance qu’une locomotive sociale aussi imposante saura nous approcher de ces idéaux démocratiques, d’une vivifiante citoyenneté numérique. Une forte dose de leadership politique serait toutefois nécessaire pour en accélérer le parcours. La société civile ne peut toujours traîner ses lourdes institutions sans y perdre en énergie ou en rythme.

Ce qui nous manque:

- un soutien politique adapté aux besoins citoyens, un soutien politique de  l’innovation citoyenne;

- de la transparence, pas du marketing: l’ouverture des données est un premier pas plus qu’accessible, illustrant bien le potentiel qu’a le numérique lorsqu’il est question de reddition de comptes et de gouvernance éthique;

- la diffusion à plus large échelle des projets citoyens actuellement à l’oeuvre. L’appui officiel de leaders politiques aux projets numériques concrets menés par des citoyens développeurs serait plus probant et convaincant que de vains discours;

- nous avons besoin d’engagements et de délibérations, pas de cadeaux électoraux visant à calmer les tenants d’une politique numérique ou d’énièmes consultations pour avaliser des décisions déjà prises.

En d’autres mots, nous avons besoin d’un plan numérique pour guider l’intervention de l’État et mieux arrimer son action à celle des citoyens déjà à l’oeuvre. Au niveau praxis, nous avons besoin d’au moins un lieu à Québec (Maison du numérique, Lab ou autre appellation) pour favoriser l’émergence et la diffusion des bonnes pratiques, des exemples concrets d’applications du numérique en démocratie de même que pour démystifier le numérique auprès des citoyens qui y sont plus récalcitrants, qui n’y voient pas le potentiel, l’intérêt ou qui n’y ont tout simplement pas accès.

C’est à mon sens les deux pierres angulaires permettant de poursuivre un agenda démocratique en tête duquel figure la question de la fracture numérique.

Keep calm et crayonne

7 mai 2013 - Leave a Response

Le temps défile si vite que je constate ce matin seulement que plus de 51 mois se sont écoulés depuis mon dernier post.

De retour aux commandes, toujours aussi frivolement par contre ayant la tête dans quelques trucs simultanément (comme tout ceux qui s’abreuvent comme moi aux projets rassembleurs).

Entre ZAP Québec (qui occupe l’essentiel de mes semaines), Québec Ouvert (où nous préparons la prochaine campagne électorale municipale qui s’envolera sans doute cet été mais également un gargantuesque Hackathon en plein air à Québec à l’automne), Maison numérique (le LivingLab n’est pas mort, mais il a potentiellement retrouvé sa famille biologique), Muséomix (novembre, c’est bientôt….), parions que nous trouverons bien un peu de temps pour échanger un brin.

À tout de suite

Surveillance moderne, mesures passéistes

13 février 2009 - Leave a Response

ecoute-electronique1Le 19 novembre 2001, les libéraux de Jean Chrétien mettaient de l’avant le projet de loi C-36 qui, dans sa foulée, exigeait la révision de 22 lois existantes. Ces lois modifiées touchaient notamment les libertés individuelles (Code criminel, loi sur le service correctionnel), la protection de la vie privée (loi sur l’accès à l’information, loi canadienne des droits de la personne), tout en modifiant substantiellement la nature des pouvoirs de l’exécutif et des services secrets (loi sur les services canadiens de renseignement de sécurité, loi sur la défense nationale). Le climat d’hystérie de l’époque, entretenu par la diffusion en boucle des images du World Trade Center s’écroulant et des « mercenaires » enchaînés à Ganatanamo, n’avait alors pas empêché le Barreau du Québec de souligner les violations que certaines des dispositions de C-36 pouvaient occasionner en matière de droits reconnus par la Charte, n’en déplaise à l’opinion publique que l’obsession sécuritaire avait convaincus.

Dès son préambule, cette loi annonçait en fait la volonté d’accroître les pouvoirs du Centre de sécurité des Télécommunications. Elle procurait cyniquement par le fait même au ministre de la Défense nationale de l’époque, Art Eggleton, le rôle de protecteur de la vie privée. Seul ce dernier pouvait effectivement fournir son autorisation pour que le CST puisse intercepter des communications privées. C’est sous cet angle que C-36 créait un dangereux précédent en matière de cybersurveillance.

Mercredi dernier, le ministre fédéral de la Sécurité publique, Peter Van Loan est revenu sur la question en annonçant l’intention du gouvernement fédéral de légiférer afin de contraindre les fournisseurs de services Internet à fournir aux autorités les accès permettant d’épier les échanges électroniques. En prétextant que les lois de surveillance et d’écoute électronique étaient mal adaptées aux communications électroniques de masse, le gouvernement conservateur préfère une fois de plus la répression à la compréhension des enjeux réels du web.

Survenant près de 9 ans jour pour jour après que le tribunal correctionnel de Paris eusse estimé qu’un courrier électronique était couvert par la loi sur le secret des correspondances et que toute violation devait être condamnée par la loi, nous aurions tort de n’y voir que la modernisation de méthodes que le courriel auraient rendu caduques. Ces mesures et pouvoirs accrus ressemblent en tous points à ceux prônés par l’Office of Signals Intelligence Operations et par l’Office of Research and Engineering de la NSA, dévoilés aux Canadiens par le Globe and Mail en…1986!

http://www.ledevoir.com/2009/02/13/233439.html

http://strategique.free.fr/archives/textes/ech/archives_ech_17.htm

http://fiweb.9online.fr/chronicnet17.htm

http://inspiration.ifrance.com/loi.canada.htm


La démocratie participative version Obamanomics

29 janvier 2009 - Leave a Response

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On a raison de se réjouir de l’entrée en fonction du Président Obama. On a également raison de féliciter les dispositifs participatifs qu’il entend mettre en place afin d’améliorer la communication entre élus et citoyens. L’enthousiasme doit être circonscrit : on ne réinvente pas la roue mais…

La volonté de changement s’exprime notamment en sollicitant les suggestions des citoyen. Inside the transition nous invite-t-on sur Change.gov, site mis en ligne par l’équipe présidentielle chargée de la Technologie, de l’Innovation et de la réforme gouvernementale (TIGR). Cette transition entend redorer la légitimité perdue de l’institution présidentielle américaine. Retrouver la porter symbolique de l’action publique en se rapprochant,du moins en apparence, de ce qui fait sens pour les électeurs.

Les critiques ont souligné à grands traits, durant des années Bush2, l’effritement de la légitimité du président sortant. Cette perte de confiance et d’autorité résulte notamment de deux crises (Lenoble et Berten 1992 :84). Celle de l’État-providence, paraissant bien incapable de réguler l’économie (non sans avoir allouées des sommes considérables) ou la société. Celle du politique, plus subtile, perceptible à la perte progressive de pouvoir symbolique, forme d’autorité qui en vient à se réfugier dans des sous-systèmes autonomes (Luhmann, 1990).

Il est donc sage de reconnaître aux citoyens, en apparence ou bien réellement, une légitimité aux idées qu’ils expriment. Ce vœu paraît d’autant plus recevable étant donnée la portée référentielle (en termes de lois, codes, mesures, valeurs, préférences, etc.) du plan global de relance qu’entend mettre en branle l’administration d’Obama.

Citoyen2.0?

C’est dans les médias sociaux que fermentent des réseaux sociaux, réseaux qu’a observé Jalali Hartman sur 37 mois lors de la course présidentielle de 2008. Le site Change.gov s’inscrit en droite ligne des Obamanomics et illustre à quel point le recours à la communication politique peut rapprocher, à tout le moins en esprit, deux champs s’étant différenciés : l’État et la société civile (Touraine, 1989 :46).

Mais il ne faut négliger ni la forme, ni l’instigateur de cette consultation du citoyen. Encore moins son poids réel dans la prise de décision. Avec le nouveau site de la Maison-Blanche, qui souligne que le Président Obama s’engage à créer l’administration la plus ouverte et accessible de l’histoire américaine et Change.gov, les stratégies déployées par le TIGR demeurent des prises en compte institutionnelles des demandes des mouvements sociaux (Gret et Sintomer, 2005 :100).

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Le citoyen médiatisé

6 décembre 2008 - 2 Réponses

jazz-nightNombreux sont les commentateurs du côté des médias sociaux à avoir décrié le caractère purement accessoire de la dernière campagne électorale provinciale par manque de débats de fond. Et sans doute fort peu nombreux seront les électeurs à se rendre aux urnes le 8 décembre prochain. Il faut s’attendre à de vives réactions, condamnant le cynisme ambiant ou la faillite des représentants politiques à soulever de réels enjeux[i].

La politique semble vouloir se restreindre à ses stricts aspects procéduraux, contraignant et prescrivant une citoyenneté désincarnée dont ne veulent plus les citoyens. Loin d’en être exténués et surtout assoiffés de participation, de consultation et de contribution, ces derniers sont toutefois de plus en plus nombreux à se rabattre sur la délibération, la contestation et le militantisme dans l’espace public virtuel. Qu’y trouvent-ils de plus?

Cette multiplication des sources d’information est un phénomène depuis longtemps documenté. L’espace public étant pluriel nous devons parler davantage d’un droit à la communication que d’un rigide droit à l’information. Et ce que recèle ce processus dialogique est riche en référents citoyens.

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Continuum hyperactivité / médiateur

15 novembre 2008 - Leave a Response

stage-diving-copyPartout, les structures informationnelles s’aplanissent, laissant un goût amer aux acteurs qui croyaient y trôner. Dépouillés, ils cherchent à conserver certains acquis, mais surtout à cacher leur impuissance dans de vaines mesquineries. Les assises sont, postmodernité oblige, des plus fragiles. Le sol devient argileux et friable alors que tous ont voix au chapitre, que tous (non…) sont à un clic de l’information.

Qu’il s’agisse de la communication dans l’entreprise, de la bulle médiatique ou encore du champ politique, il semble que le médiateur soit de toutes parts mis à rude épreuve. Le débat ne date pas d’hier en ce qui concerne la définition de ce qu’est un journaliste. Il semble également d’usage de reconnaître la piètre qualité de plusieurs des quelques 400 candidats à l’élection à venir dans les diverses équipes ou l’hyper-hiérarchisation de certains monolithes industriels.

Mais cette remise en question de la hiérarchie dans les communications de l’entreprise, de la culture du secret, de la discrétion et du mystère qui plane, amène un vent frais de créativité sur la planète transparence, partage, création et  efficience. L’entreprise peut chercher à respecter les flux sociaux de communication parmi ses groupes de travail et certains logiciels sociaux l’y aide (SocialText).  Elle peut autrement en faire d’hyperactifs médiateurs dans les entreprises médiatiques, avec ce que ça entraîne pour difficultés.

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Bourdieu et les médias alternatifs

12 novembre 2008 - Une Réponse

bourdieu

Le traitement d’un concept aussi polysémique que celui de média alternatif [1] peut s’effectuer suivant de multiples perspectives, privilégiant parfois des critères susceptibles d’en infléchir le sens à un point tel que les caractéristiques et usages paraissent dénaturés [2].

Nous les définirions brièvement par l’absence de hiérarchie organisationnelle [3] (perceptible dans leur engagement envers une décentralisation, le partage des ressources [4], etc.), par une prise de décision et un contrôle de type communautaire (Downing, 2003), par le caractère bénévole de ces principaux acteurs [5] (Atton, 2002), par le but ouvertement non-lucratif de ses activités (Lewis, 1993), par un contenu faisant la promotion du changement social et de la responsabilisation sociale (Royal Commission on the Press, 1977) de même que, pour plusieurs d’entre-eux, par un système de publication ouverte [6] (open-publishing system; Uzelman, 2002), ce dernier contribuant à accroître le potentiel de participation du citoyen aux médias alternatifs sur Internet [7].

Mais, cherchant à comprendre ce que les médias alternatifs introduisent de particulier dans l’espace médiatique, il importe d’aller au-delà de ces caractéristiques communes.

We need to consider not only form and content, but the processes and relations that inform them and are in turn informed by them. The study of alternative media needs to interrogate identites and practices that are negociated accross the terrain of a third space that hybridizes practices between hegemonized and marginalized cultures (Atton, 2002 : 152).

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De la radio avec des images?

3 novembre 2008 - Leave a Response

L’utilisation d’Internet lors des campagnes électorales américaines est peut-être plus imposante que de ce vieille-radio12065276322côté-ci de la frontière, mais elle ne procure pas un éclairage si distinct quant aux différents candidats. Les deux dernières publicités diffusées via le web par le camp Obama ont suscité l’engouement des internautes (respectivement 11 millions et trois millions de clics). Il est tout aussi probable qu’elles soient parvenues à convaincre l’abstentionniste moyen.  On se méprend tout autant, si l’on s’en tient aux stratégies de marketing électoral déployées,  sur les causes de l’abstentionnisme en tant que comportement électoral complexe.

Or, comme beaucoup de phénomènes sociaux, celui-ci est généralement observé comme un tout, une généralité (sens et lieu communs), alors qu’il est très exactement constitué d’une pluralité de déclinaisons, d’une multitudes de nuances.  Lire la suite »

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