De la radio avec des images?

L’utilisation d’Internet lors des campagnes électorales américaines est peut-être plus imposante que de ce vieille-radio12065276322côté-ci de la frontière, mais elle ne procure pas un éclairage si distinct quant aux différents candidats. Les deux dernières publicités diffusées via le web par le camp Obama ont suscité l’engouement des internautes (respectivement 11 millions et trois millions de clics). Il est tout aussi probable qu’elles soient parvenues à convaincre l’abstentionniste moyen.  On se méprend tout autant, si l’on s’en tient aux stratégies de marketing électoral déployées,  sur les causes de l’abstentionnisme en tant que comportement électoral complexe.

Or, comme beaucoup de phénomènes sociaux, celui-ci est généralement observé comme un tout, une généralité (sens et lieu communs), alors qu’il est très exactement constitué d’une pluralité de déclinaisons, d’une multitudes de nuances. 

Ces déclinaisons de l’abstentionnisme peuvent être conjuguées suivant une combinaison complexe de facteurs, aux assises des plus variées ET rationnelles (qui font sens pour ceux qui les adoptent).

Au delà de l’anecdote, la crainte d’un mandat républicain est-il réellement l’argument qui tue? Il ne suffira pas seul à motiver l’abstentionniste moyen de s’inscrire et de prendre part au cirque. Les deux derniers scrutins n’étant parvenus qu’à amener moins de 50% de l’électorat américain aux urnes, nombreux furent les commentateurs qui donnèrent pour responsables les supporters de Ralph Nader (division du vote « progressiste »), les jeunes, les Afroaméricains, les citadins et autre « franges » de la population. L’abstentionnisme ne correspond pas à une couleur, une mode, une identité. Il est constitué de valeurs, de passions, d’analyses ou encore de lâchetés et de désintérêts, révélant alors un problème plus profondément ancré.

À problème complexe, révision rigoureuse…

Mécanique certes (scrutins ET institutions démocratiques), mais également analytique de ce qu’est la démocratie et ce sur quoi elle repose: le citoyen (au-delà de cet acteur divinisé médiatiquement en période électorale). Mais maintenant que le cirque est parti, que la participation fut sans précédent dans plusieurs états américains, qu’elle sera sans doute catastrophique dans toutes les régions du Québec, peut-on croire sincèrement que la publicité explique seule sa victoire contre la gangrène abstentionniste?

À qui le prix génie?

L’utilisation du Web pour la présidentielle de 2008 n’aura pas réinventé la roue, si ce n’est que quelque bons coups de forme. Outre les blogs ouvertement affiliés et autres carnets destinés à alimenter le préjugé démocrate ou républicain, les différentes initiatives de la part d’organisations aux subventionnaires obscures ont empruntée la voie tracée par les Rock the Vote! (fondée il y a plus de 20 ans), Register to Vote et consorts. La formule jouais/joue de l’influence des personnalités publiques (musique ou cinéma) afin de produire de courts clips avec contenu à la pensée assortie.

Aujourd’hui diffusée sur le web, autrefois à la télévision, auparavant par la radio…puisque nous n’aurions su rejoindre les plus durs de la feuille publicitaire dans les médias traditionnels. Ce qui fut fait par téléphone en 1996 est donc reconduit sur une « nouvelle » plateforme sans en épouser les formes. Rendu là, il n’y a pas que le jupon qui dépasse. Ces bonzes de la communication politique et du marketing électoral ne semblent juste pas en saisir l’amplitude (et ce n’est surtout pas à défaut de moyens). À croire que le citoyen, numérique ou réel, n’a pas droit à mieux malgré le potentiel de créativité que recèle le web.

Nul doute que ces publicités, clips you-tubisées, susciteront un nombre de clics multipliant par dix l’auditoire du Banquier. Encore moins de doute qu’une publicité personnalisable fera l’objet d’un nombre incalculable de courriels (permettant d’insérer le nom du destinataire dans le message annonçant la victoire de McCain/Palin d’une seule voix…c’est-y pas cute à vot’goût ca!) [1]. La formule, aussi originale puisse-t-elle sembler, n’en reprend pas moins un argument usé à la corde et atrocement réducteur d’un phénomène pourtant complexe.

Trilogie d’exercices de fiction.

Si certains auditoires refusent obstinément de fréquenter les médias traditionnels, serait-ce en partie parce que le contenu de ceux-ci ne sait les intéresser? Si certains électeurs (américains ou canadiens) refusent avec encore plus d’obstination de fréquenter ou d’appuyer les principaux partis politiques, est-ce seulement par paresse, manque de solidarité ou de conviction? Si je ne mange pas de poutine, pourquoi la poutine virtuelle présenterait-elle plus d’attrait?  Aux premiers balbutiements de la télévision, on se contenta de simplement transposer les contenus radiophoniques avec l’images des « lecteurs de nouvelles », sans tenir compte des potentiels de cette nouvelle plateforme de diffusion. Le marketing électoral Web persifle et singe…

« Change. Comme le slogan de toute la campagne de Barack Obama. Efficace, le Net. Très efficace.

Au terme de l’une des plus passionnantes courses à la Maison-Blanche de l’histoire, le monde connaîtra demain le nom du 44e président des États-Unis d’Amérique. À en croire les sondages, il sera noir, jeune, érudit, porteur de tous les espoirs et de tous les rêves. Officiellement élu, il fera parvenir à des millions d’internautes un courriel de remerciements. Ils cliqueront, une fois de plus. À l’évidence, ce président sera branché. »….Du calme monsieur Stréliski [2], que d’enthousiasme!

[1] http://www.youtube.com/watch?v=Ml8pFGGmVL4

[2] http://www.ledevoir.com/2008/11/03/213841.html

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