La démocratie participative version Obamanomics

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On a raison de se réjouir de l’entrée en fonction du Président Obama. On a également raison de féliciter les dispositifs participatifs qu’il entend mettre en place afin d’améliorer la communication entre élus et citoyens. L’enthousiasme doit être circonscrit : on ne réinvente pas la roue mais…

La volonté de changement s’exprime notamment en sollicitant les suggestions des citoyen. Inside the transition nous invite-t-on sur Change.gov, site mis en ligne par l’équipe présidentielle chargée de la Technologie, de l’Innovation et de la réforme gouvernementale (TIGR). Cette transition entend redorer la légitimité perdue de l’institution présidentielle américaine. Retrouver la porter symbolique de l’action publique en se rapprochant,du moins en apparence, de ce qui fait sens pour les électeurs.

Les critiques ont souligné à grands traits, durant des années Bush2, l’effritement de la légitimité du président sortant. Cette perte de confiance et d’autorité résulte notamment de deux crises (Lenoble et Berten 1992 :84). Celle de l’État-providence, paraissant bien incapable de réguler l’économie (non sans avoir allouées des sommes considérables) ou la société. Celle du politique, plus subtile, perceptible à la perte progressive de pouvoir symbolique, forme d’autorité qui en vient à se réfugier dans des sous-systèmes autonomes (Luhmann, 1990).

Il est donc sage de reconnaître aux citoyens, en apparence ou bien réellement, une légitimité aux idées qu’ils expriment. Ce vœu paraît d’autant plus recevable étant donnée la portée référentielle (en termes de lois, codes, mesures, valeurs, préférences, etc.) du plan global de relance qu’entend mettre en branle l’administration d’Obama.

Citoyen2.0?

C’est dans les médias sociaux que fermentent des réseaux sociaux, réseaux qu’a observé Jalali Hartman sur 37 mois lors de la course présidentielle de 2008. Le site Change.gov s’inscrit en droite ligne des Obamanomics et illustre à quel point le recours à la communication politique peut rapprocher, à tout le moins en esprit, deux champs s’étant différenciés : l’État et la société civile (Touraine, 1989 :46).

Mais il ne faut négliger ni la forme, ni l’instigateur de cette consultation du citoyen. Encore moins son poids réel dans la prise de décision. Avec le nouveau site de la Maison-Blanche, qui souligne que le Président Obama s’engage à créer l’administration la plus ouverte et accessible de l’histoire américaine et Change.gov, les stratégies déployées par le TIGR demeurent des prises en compte institutionnelles des demandes des mouvements sociaux (Gret et Sintomer, 2005 :100).

L’influence

Ces stratégies sont louables au niveau du discours, pas de doute. Seulement, l’instigateur est l’État : la participation étant sollicitée par le pouvoir politique et donc de tendance descendante (Gontcharoff, 1999 : 310). Le débat public ne relève pas tant d’un « sursaut civique » (Rui, 2004 : 56) mais du désir d’atténuer la portée des critiques formulées à l’endroit des mécanismes traditionnels de prises de décision, opaques et hiérarchiques. La participation est encadrée sur une base fonctionnelle (le pouvoir fixe les règles et les fonctions de la consultation), matérielle (les ressources déterminées par le pouvoir) et structurelle (chartes, droits et devoirs des partenaires) (Rangeon, 1999 : 342-343). Cette conception de la démocratie participative peut entrainer une institutionnalisation de l’action collective et dépolitiser le débat en l’axant davantage sur des fonctions d’animation sociale (socialisation et/ou intégration). Sans pour autant croire qu’il s’agisse d’une simple courroie de transmission directe, l’instance participative n’est pas indépendante du pouvoir.

À l’opposé, la consultation aurait pu être de tendance ascendante et émerger de l’initiative citoyenne. Il aurait alors fallu que préexiste ou que s’organise une société civile constituée de relais ou de lieux communs de débats et d’échanges, nommément une concitoyenneté (dimension horizontale de la citoyenneté chez Catherine Neveu, 1999 :348). Mais ce gain d’indépendance pour l’instance participative ne garantit en rien que le fruit du débat parvienne à produire quelque effet que ce soit sur la prise de décision. Il permet certes la consolidation du lien social entre différents acteurs de la société civile. Or le débat se situe toujours en périphérie du système politique et doit se contenter d’exercer une pression externe sur la prise de décision (Touraine, 1989; Cottereau et Ladrière, 1992 : 12). Tout est question d’influence.

Les considérations de Joshua Cohen dans « Democracy and Liberty » portant sur la démocratie délibérative amène à en distinguer deux temps. D’abord, le raisonnement libre qui peut compter sur des conditions telles que soit assuré un traitement libre et équitable dans la discussion. Ensuite, que le pouvoir politique tienne compte de cette délibération (Cohen, 1998). Loic Blondiaux dirait des stratégies consultatives déployées par l’administration Obama qu’elles réfèrent au raisonnement libre. Mais leur influence est plus que résiduelle, que c’est « sans que les effets de cette délibération n’aient de chances significatives de se répercuter directement sur leur destin » (Blondiaux, 1999 : 395).

Admettre que l’action publique puisse être débattue avec les citoyens est toutefois admettre que d’autres points de vue que ceux du pouvoir public puissent être légitimes (Rui, 2004 ; Warin 1997). En cela, les moyens virtuels de consultation mis en place sont fort louables. Mais la question de l’influence demeure dans la mesure où participation élargie implique pluralité de discours d’apparence rationnels susceptibles de fonder l’action publique.

Délibération ou marketing?

Share your ideas ou Find an issue you care about sont des mots d’ordre mis de l’avant par Change.gov qui n’ont pas manqué de susciter beaucoup de clics dans le dernier mois. Les participants intervenant au moyen de billets appliquent des grammaires culturelles et politiques variées pour justifier les actions qu’ils proposent. La volonté, l’intérêt, la connaissance et la reconnaissance (Rui, 2004 :22) sont des langages qui structurent l’expérience démocratique, en ligne, institutionnellement ou en marge des institutions. Mais la variété des registres invoqués dans ces billets  indiquent que nous sommes en présence de différents types de publics, qui parle par expertise (ce que l’on sait), à titre de médiateur (au nom d’un collectif) ou par simple témoignage (ce que l’on voit, ce que l’on vit) (Blondiaux, 1999 : 387).

Améliorant la circulation d’information entre citoyens et élus, les initiatives déployées par l’équipe TIGR de l’administration américaine sollicite l’intervention des citoyen vis-à-vis le pouvoir public, mais nous sommes loin du gouvernement participatif annoncé. Quatre grandes étapes peuvent être retenues afin de qualifier le degré de participation (Gontcharoff, 1999):

  • L’information (ascendante, descendante, interactive : sans partage d’information, peu de partage de pouvoir)
  • La consultation (recueillir un avis sur des dossiers déjà bouclés)
  • La concertation (participation des citoyens dans l’élaboration d’un projet sur lequel le pouvoir public a toujours le dernier mot; souvent articulée sur le registre de l’expertise)
  • La participation (réelle délibération impliquant un partage partiel ou réduit du pouvoir)

Quelques petits pas dans la bonne direction, qui permettent de significatives avancées symboliques. Ces mesures de consultation virtuelle, notamment la section Citizen’s Briefing Book, indiquent par catégories les sujets abordés et les chiffrent suivant le nombre de billets. Qualifiant et quantifiant ces sujets, on appose des marges de réflexions, identifiant les valeurs portées par les (nombreux) visiteurs, encadrant fonctionnellement, matériellement et structurellement la participation.

Mais cette stratégie permet de constituer une formidable banque d’idées séduisantes en communication politique. Quiconque s’intéresse au marketing électoral trouvera sur ces sites suffisamment d’éléments pour tracer un portrait instantané des électeurs éveillés par les Obomanomics déployées lors de la dernière course présidentielle.

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