ZAP Québec: le plein potentiel de l’innovation citoyenne¹

Aujourd’hui, je suis ravis de me voir offrir l’occasion de souligner les efforts de la Ville  dans le cadre du projet de collaboration entre la Ville de Québec et IBM (Smarter Cities Challenge).  ZAP Québec est un des exemples les plus probants des efforts que met en place la Ville de Québec afin de contrer la variable d’accessibilité à Internet de la fracture numérique.

En novembre 2013, ZAP Québec célébrera son 7e anniversaire. Bien que ce soit court dans la vie d’un organisme, la notoriété qu’a acquis notre projet auprès de près de 300 partenaires commerciaux, institutionnels, événementiels et communautaires démontre la vitalité de l’économie numérique de la Capitale-Nationale et illustre parfaitement ce qu’est l’innovation citoyenne dans une ville intelligente.

Je vous présente ici ZAP Québec et le mouvement dans lequel l’organisme s’inscrit avant de vous démontrer en quoi ce projet s’avère être davantage qu’une infrastructure technologique. J’y explique sa popularité, en lien avec les tendances sociales pour la mobilité dans la région de la Capitale-Nationale et illustrerai comment il a su en si peu de temps se trouver au coeur des échanges numériques des citoyens et visiteurs de la Capitale-Nationale.

Qu’est-ce que ZAP Québec?

ZAP est un OBNL créé en 2006 reposant sur une équipe de bénévoles pour déployer, entretenir et faire la promotion d’un réseau de points d’accès gratuits à Internet sans fil sur tout le territoire de la Capitale-Nationale.

En 2013, il regroupe près de 300 partenaires communautaires, commerciaux et institutionnels dont la Ville de Québec, de Lévis, organismes fédéraux et québécois.

L’organisme repose sur une équipe d’une cinquantaine de bénévoles qui prennent part aux installations et voient au bon fonctionnement de son réseau. Deux employés permanents voient à l’encadrement des bénévoles et ressources techniques contractuelles, au développement des affaires ainsi qu’au soutien aux usagers.

La structure décentralisée de l’organisme a permis le déploiement de près de 500 points d’accès dans des commerces, centre communautaires et édifices municipaux situés sur ou à proximité des principaux lieux publics, parcs ou artères commerciales de la région.

L’infrastructure repose sur les épaules de ces nombreux partenaires qui paient les équipements, assument le coût des connexions Internet utilisées et versent une cotisation annuelle à ZAP pour l’entretien des points d’accès, le soutien technique aux usagers et la promotion du service.

de plus, ZAP bénéficie du soutien financier du Gouvernement du Québec grâce à des subventions en appui à sa mission de la part du Bureau de la Capitale-Nationale et du Secrétariat au Conseil du Trésor (maintenant, autrement MSG) à hauteur de près de 400 000$ depuis 2008.

Community Wireless networking

ZAP est une communauté de réseau sans fil (Community wireless networking).

On retrouve de ces organismes citoyens dans toutes les régions du monde, avec une très forte concentration au Québec. Une forte proportion de ces groupes, de même que plusieurs entreprises commerciales, utilisent d’ailleurs un logiciel originaire de nos collègues de Montréal qui, en 2004, développaient et diffusaient le logiciel Wifidog utilisé afin de gérer un réseau décentralisé de points d’accès à Internet sans fil.

Ces groupes québécois sont membres de l’Alliance des communautés sans fil (Alliance CSF) qui permet une meilleure coordination, l’échange de procédures et des développements informatiques collectifs entre les différentes région du Québec pour ces organismes indépendants. Le développement du logiciel AuthPuppy, successeur de Wifidog, d’ailleurs été initié par l’Alliance CSF bien que piloté et financé en majeure partie par ZAP Québec entre 2009 et 2010. L’AllianceCSF permet également d’assister des regroupements intéressés à mener des projets similaires dans leur communauté respective en offrant des ressources (serveurs, programmation, logiciels, matériel signalétique) et de l’information pour les aider à mener à terme leur projet.

Alors que dans les années 90 ces initiatives reposaient essentiellement sur des programmeurs et mordus d’informatique qui n’avaient pour objectifs que les développements techniques entourant la technologie Wifi (Sandvig, 2004; Schuler 1996), ce n’est qu’autour des années 2000 que ces groupes ont élargi leurs bases militantes à des acteurs variés touchant la sociologie, les communications, l’urbanisme, ainsi que des milieux économiques et institutionnels.

Ce faisant, ils ont développés des visées culturelles, communautaires et sociales adressant de front la fracture numérique et la question de la démocratisation des communications (O’Neil, 2002; Powell, 2006).

Les communautés sans fil en sont venus à constituer le point de rencontre entre la culture hacker, celle de l’OpenSource et les milieux créatifs, associatifs, institutionnels, économiques et politiques afin de mettre la technologie Wifi au service de la communauté (Longford, 2005).

Le Wifi pour investir les lieux publics

Il ne s’agissait plus tant d’offrir un environnement technologique pour permettre à tous d’accéder gratuitement à de l’information publique, mais une forme de participation civique, une façon innovante de convertir les espaces publics d’une ville pour constituer leurs prolongement virtuels où l’environnement culturel et politique pouvait être occupé non seulement par ceux qui en ont les moyens, mais bien par une communauté vivante et réellement intelligente.

Une ville comme Québec l’a bien compris en convenant d’un partenariat avec ZAP et en l’appuyant directement dans sa mission avec plus du quart des points d’accès de son réseau se trouvant dans des équipements de la Ville, comptant pour près de 50% des connexions.

Cette structure innovante, ce carrefour des échanges numériques d’une ville intelligente permet de regrouper des citoyens, entreprises et institutions en procurant des opportunités d’innovation pour tous.

Davantage qu’une Infrastructure

À chaque année, le Magazine Forbes établit le palmarès des villes américaines les mieux équipées en Internet sans-fil. En 2010, Portland s’y classait première avec un ratio d’une borne par 4440 habitants. Mais Québec, avec un ratio d’une borne pour 1646 habitants, se classerait parmi les villes les plus Wifi d’Amérique du Nord selon les observations d’Isabelle Porter, journaliste au Devoir ayant traité de la question.

Une moyenne de 85 points d’accès sont ajoutés à chaque année (la phase de déploiement accélérée menée entre 2009 et 2010 a même permis d’ajouter 120 points d’accès). Si bien qu’aujourd’hui, ce sont près de 500 points d’accès qui sont disponible dans la grande région de Québec, couvrant près de 60% des espaces publics de la Ville de Québec.

Alors que pour le seul mois de février 2007 ZAP Québec recevait 113 connexions sur un réseau comptant 35 points d’accès, ce sont plus de 145 000 connexions qui auront été enregistrées en février 2012. Pour toute l’année 2012, ce sont plus de 2 millions de connexions qui auront été enregistré sur l’ensemble du réseau, provenant de 532 000 appareils distincts, et tout porte à croire que ce nombre doublera une fois de plus en 2013.

Promouvoir l’utilisation du transport collectif au moyen du Wifi

La popularité du réseau ZAP est en lien avec les tendances sociales québécoises en matière de pratiques de navigation et de mobilité. Son bassin potentiel d’usagers s’accroît de manière exponentielle année après année alors que s’estompe l’effet générationnel quant à la possession d’un appareil portable (71% des 18-24 ans possède un tel appareil alors que cette proportion est tout de même de 42% auprès des 55-64 ans).

La variable du revenu semble toutefois persister selon les observations du Cefrio dans son bulletin Net-Tendance portant sur la mobilité en 2011 (24% des gens ayant un revenu de moins de 20 000$ posséderait un appareil mobile contre 76% pour ceux dont le revenu excède 80 000$).

Conscient que cette fracture numérique sévit toujours bien que l’on observe une meilleure accessibilité aux appareils mobiles, ZAP Québec a eu l’occasion de mandater deux équipes de recherche afin de mieux connaître ses usagers, d’en dresser le profil socioéconomique afin de privilégier des projets susceptibles de répondre à leurs besoins et pratiques de navigation.

Une équipe d’étudiants-chercheurs du Laboratoire de Sociologie de l’Université Laval, Maxime Clément et Simon-Olivier Gagnon, ont observé, entre autres, que les pratiques mobiles des plus jeunes étaient centrées sur les aspects communicationnels alors qu’elles sont davantage informationnelles chez les usagers plus âgés. Cette observation nous a confirmé l’importance d’accroître notre présence dans tous les événements culturels grand public de la région de la Capitale-Nationale (Festival d’été de Québec, Web à Québec, Envol et Macadam, Carrefour international de Théâtre de Québec par exemple).

Ces derniers ont également pu observé dans les cohortes étudiées que le deux tiers des répondants accordaient une grande place à la mobilité dans leurs pratiques de navigation. Cette dernière observation rejoint également les conclusions de Robert Michael Doyle, du Groupe interdisciplinaire de recherche sur les banlieues de l’Université Laval qui, quelques mois plus tard, menait pour le compte de ZAP Québec une vaste enquête auprès de nos usagers.

Ses principales observations furent:
– Que les usagers préfèrent les lieux pleins de vie et d’activités, les lieux plus fréquentés, à proximité des rues commerciales et des transports collectifs;
– Que le Wifi plaît à l’être social et mobile, qu’il satisfait un désir d’être en public;
– Que la socialisation de ces individus se fait parallèlement à des niveaux réels et virtuels;
– Que le temps de déplacement en transport en commun perçu comme perdu se trouverait requalifié comme productif si l’individu pouvait bénéficier du Wifi.

Alors que ZAP Québec travaillait à l’élaboration d’un prototype abordable permettant de déployer dans les transports collectifs un tel service, les conclusions de cette étude nous incitèrent à miser sur la mobilité Wifi pour poursuivre notre développement en frappant l’imaginaire de nos usagers. L’implantation de bornes à bord des traversiers, les projets-pilotes du RTC et l’implantation au sein de 31 véhicules de la STLévis et de 19 additionnelles dans des sociétés de transport collectifs effectuant des liaisons quotidiennes vers Québec (Express Lotbinière, Société de transport collectif de la Jacques-Cartier, Transport collectif Portneuf) nous a permis de mesurer l’engouement pour ce service auprès des usagers.

Déployés dans certains cas depuis plus d’un an, ces organisations nous confirment que le Wifi dans leurs véhicules contribue à accroître la popularité du transport collectif. Un tel projet ravive également l’intérêt des usagers, des partenaires ainsi que toute l’équipe de bénévoles de ZAP Québec, ravis de contribuer au rayonnement de la Capitale- Nationale dans toutes les régions du Québec.

Le plein potentiel de l’innovation citoyenne

Au-delà d’une infrastructure technologique, ZAP Québec est un véritable laboratoire citoyen où s’exprime le plein potentiel de l’innovation citoyenne. Nous ne sommes qu’à entrevoir les premières applications que permettent le déploiement d’un vaste réseau de points d’accès à Internet sans fil en matière de mobilité et de travail nomade. Nous entrevoyons déjà le formidable élan de créativité et de développement communautaire et social rendu possible par un projet rassembleur.

Si la réappropriation citoyenne de l’espace public virtuel figure toujours au coeur de la mission que s’est donnée ZAP Québec, il est évident que l’environnement dans lequel baigne notre communauté, marqué par une incroyable accessibilité, la transparence et l’engagement de la Ville de Québec, laisse place aux perspectives les plus enivrantes pour les prochaines années.

Je suis ravis que ZAP Québec figure parmi les projets mentionnés comme illustrant ce qu’est une communauté intelligente mais surtout encouragé de l’implication citoyenne et de la saine communication que notre projet contribue à établir pour les citoyens entre eux et envers leurs institutions.

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¹ Retranscription de la présentation faite pour ZAP Québec le 8 mai 2013 dans le cadre des travaux du Défi des villes intelligentes 2013 (Smarter Cities Challengede collaboration entre la Ville de Québec et IBM.

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