Archive for the ‘communication politique’ Category

Internet.org: Greed vs Vertu
21 août 2013

Des leaders de l’industrie technologique (parmi lesquels figurent Facebook, Samsung, Nokia, Qualcomm et Ericsson) ont annoncé ce matin le lancement d’une initiative, Internet.org, se donnant pour mission de lutter contre la fracture numérique auprès des deux tiers de la population mondiale n’ayant pas accès à Internet.  Difficile d’être contre la vertu: la démocratisation des communications est un enjeu pourfendus par nombre d’ONG et de mouvements citoyens en ce qu’elle rend possible des communications citoyennes favorisant l’émancipation sociale, culturelle et économique. Mais puisque l’Internet ne saurait se résumer aux médias sociaux, comment ne pas percevoir au travers de ce formidable écran de fumée ce qui demeure d’abord et avant tout le soucis pour les partenaires de ce projet d’accroître leurs marchés?

Impossible de ne pas voir dans Internet.org une réaction aux projets menés par d’autres géants de l’industrie, notamment Project Loon présenté par Google proposant de tenter de procurer un accès à Internet par le biais de ballons flottant à plus de 15km dans l’atmosphère. Difficile également de ne pas l’associer aux démarches entreprises par Twitter auprès de plusieurs télécommunicateurs en Asie, en Afrique et en Amérique latine dans l’optique d’attirer de nouveaux consommateurs alors que les marchés européens et américains semblent en voie d’être saturés.

La fracture numérique est à la fois un phénomène social, culturel, économique et politique. Elle décrit l’exclusion de large strate de la population des réseaux de communications numériques pour des motifs d’accessibilité, d’inégalités socioéconomiques ou par manque d’intérêt. Elle ne concerne pas que les populations vivant dans les régions les plus arides de la planète mais aussi bien des citoyens d’États occidentaux n’ayant soit pas les moyens, pas les compétences ou pas l’intérêt à utiliser les technologies de l’information pour interagir avec leur environnement, avec d’autres citoyens ou avec leurs institutions.

Internet.org propose de connecter les deux tiers de la population mondiale n’étant pas déjà en ligne en axant leurs actions autour de trois défis:

  • Rendre l’accès abordable: alors que les partenaires au projet développeront et mettront en place des technologies visant à rendre abordable l’utilisation des données (collaborer afin de développer des appareils mobiles de haute qualité à moindre coût tout en favorisant le déploiement de réseaux dans les communautés non-desservies présentement);
  • Utiliser de façon plus efficiente les données: réduire le nombre de données nécessaires dans l’utilisation d’applications et dans les pratiques de navigation (projet déjà entamé par ailleurs chez Facebook depuis un certain temps);
  • Aider les entreprises à offrir un accès à Internet: en supportant le développement de plans d’affaires novateurs incluant de nouveaux incitatifs pour les opérateurs, manufacturiers, développeurs afin d’offrir une accessibilité aux réseaux à un coût moindre….

Différents regroupements, réseaux communautaires de sans fil par exemple (Community Wireless networks pour les latins), sont à l’oeuvre sur le terrain depuis souvent plus d’une décennie afin de promouvoir, déployer les infrastructures nécessaires à la démocratisation de l’accès aux réseaux. Ils ont le savoir-faire, l’appui des institutions et communautés locales et l’accès à un vaste réseau d’échange d’expertise mais sont trop souvent limités dans les ressources financières nécessaires à l’acquisition de matériel pour adresser à moindre coût la fracture numérique.

Au-delà de l’opération de relations publiques menée par Mark Zuckerberg et ses partenaires, l’appui à ces regroupements aurait, pour une fraction du prix, permis d’atteindre encore plus rapidement des résultats tout en permettant le développement d’une expertise locale pour les communautés visées. Si ce projet permet de populariser l’enjeu de la fracture numérique, il n’en demeure à mon sens rien de moins qu’une « pink ribbon-isation » des dépenses en R&D des géants des communications qui en sont partenaires.

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Fracture numérique ou Rupture politique?
7 mai 2013

N’ayant pas renouvelé ma carte de membre du club des mal-cités, je prends la génisse par les pattes pour éviter la catastrophe (i.e. avant que certains égos démesurés se fassent vilains avec moi) et vous partage gratis ma présentation du 6 mai 2013 dans le cadre de la Table ronde sur la fracture numérique organisée par l’ITIS qui s’est déroulé au Cercle.

Vous en excuserez parfois la forme, la syntaxe et les coquilles, ce ne sont que des notes de présentation après tout.

Politologues: note que si les concepts ne sont pas définis, c’est que mon intervention survenait après celle Pascal Plantard à qui était naturellement confiée la tâche de préciser et étayer les concepts. Vous comprendrez en consultant ses publications, parmi lesquelles figure un ouvrage qui a accompagné ma réflexion (Pour en finir avec la rupture numérique, 2011).

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Je remercie l’ITIS d’avoir organisé cette table ronde sur la fracture numérique dans le Contexte du Congrès de l’ACFAS se déroulant à l’Université Laval toute la semaine mais aussi dans le contexte plus large des réflexions sur Ville ou communauté intelligentes entamées il y a maintenant un peu plus de deux ans dans notre Capitale-Nationale.

Il est évidemment question de fracture numérique, mais aussi de rupture politique par rapport à un idéal de citoyenneté numérique et d’un idéal démocratique (idéal qui n’est donc pas seulement numérique).

La fracture n’est pas du seul domaine politique ou citoyen mais dans un soutien du politique aux projets citoyens qui tentent d’adresser cette question cruciale.

Ces dernières années, nous avons caressé des ambitions démesurées et envisagions des potentiels enivrants en traitant d’émancipation citoyenne, de gouvernance numérique, d’un État facilitateur, d’un État comme producteur symbolique de l’ethos des citoyens.

Aujourd’hui, on fait le dur constat de la rupture entre ce monde des possibles et la réalité. Je demeure convaincu que ce sont des idéaux atteignables. Mais alors où échoue-t-on? Que nous manque-t-il?

La fracture numérique a été précédemment bien définie et discutée. Suivant mon implication dans ZAP Québec, Québec Ouvert et Capitale Ouverte, je me contenterai ici d’en départagerais brièvement 4 grands traits:

1) Question d’accès:à laquelle on réduit généralement la question de fracture numérique et qui serait conséquente d’inégalités multiples (socioéconomiques, culturelles, géographiques, de statut, de genre, de capital éducatif, etc).

L’innovation citoyenne est depuis plusieurs années à l’oeuvre pour adresser cette variable et de nombreux projets issus société civile en témoignent, parfois appuyés par le milieu politique, surtout municipal. Que l’on pense aux CACI, aux formations organisées dans les biblio pour démystifier, accompagner et éduquer citoyens dans leur appropriation du numérique.

Et à ZAP Québec également, qui a vu depuis 2006, avec son vaste réseau de partenaires commerciaux, institutionnels, événementiels et communautaires, à déployer un réseau de 500 points d’accès gratuits à Internet sans fil.

Bref, la vitalité citoyenne est déjà à l’oeuvre pour corriger cette fracture ainsi que l’a illustré Kevin Granger de WeSeekYou en faisant état des observations de son étude menée en 2010 auprès de communautés en régions éloignées du Québec.

2 et 3) Question de l’influence et la variable commerciale: ces deux questions sont adressées de front par Québec Ouvert, qui mise sur la transparence et les données ouvertes pour faciliter l’innovation citoyenne, en considérant l’apport de développeurs dans le l’offre d’applications touchant plus que les nids de poule, mais multipliant les lieux d’échanges entre les citoyens et leurs élus.

À mon sens, l’objectif est surtout de démontrer, en créant une brèche pour impliquer l’expertise citoyenne dans les processus législatifs, que la terre (et avec elle l’appareil gouvernemental) continue de tourner sans révolution (perle linguistique) lorsque l’on ose impliquer le citoyen et bénéficier de ses lumières avant d’agir.

Rien de tel que l’ouverture des données pour faciliter l’expression dans l’espace public de contre-discours, d’idées novatrices éclairées par cet accès et par les manipulations citoyennes de données et d’informations gouvernementales non filtrées, directement aux sources, ayant une influence sur la délibération et potentiellement sur l’intervention publique.

4) l’aspect Politique que revêt cette fracture m’intéresse davantage. Par politique, je n’entends pas ici le politique, le vaste espace de délibération, mais l’espace restreint de législation, de policy-making. Regarder la fracture numérique sous cet angle politique nous amène à considérer que le manque flagrant de leadership politique peut ralentir l’innovation citoyenne (j’ai dit, par étourderie, freiner, sachant bien – et le répétant en conclusion – que personne ne saurait réellement freiner une locomotive sociale aussi imposante de sa course).

Je m’explique: Les décisions étatiques, les politiques publiques et les valeurs ou positions qu’elles défendent, ont un impact sur les schèmes de compréhension des citoyens, sur les représentations sociales qu’ils forment et sur les positions qu’ils adoptent autour d’enjeux sociaux.

C’est bien ce qui se passe lorsque l’immobilisme ou l’improvisation de nos institutions décourage et alimente le désintérêt de certains citoyens envers le numérique.

Les idées, les discours c’est flou. Des applications, des projets tangibles, c’est pas mal plus sexy.

Ce n’est pas parce que les femmes et hommes politiques ne comprennent pas le numérique, ils l’intrumentalisent plutôt aisément au niveau partisan alors qu’on observe, ici comme ailleurs, une montée des database party à des fins de numérisation de l’électoralisme et du marketing politique.

S’ils le comprennent bien au niveau électoral, ca ne semble pas être le cas au niveau des politiques publiques alors qu’incohérences rivalisent avec démesure lorsqu’il est question de projets numériques au Québec. Nous avons assisté à toute une vague de projets publics numériques sans aucune coordination ou vue d’ensemble pilotés au sein de différents ministères ces 5 dernières années (rf, Système intégré d’information de justice (75M) et Dossier santé Québec (1.4MM)). Projets qui, selon le Vérificateur général du Québec, ne respectent ni leur coûts, ni leurs échéanciers, ni leur portée.

Imaginez ce que feraient ces organismes citoyens, tous ces projets d’inclusion numériques menés sur le terrain par la société civile avec un 1.4 milliards de dollars: une véritable révolution et plus encore!

On a récemment  cru que le gouvernement du Québec  se mettrait enfin en phase avec sa société civile alors qu’était publié le Rapport GAutrin et que l’on créait un comité-conseil regroupant plusieurs acteurs oeuvrant dans le numérique (Québec Ouvert et ZAP Québec ont été consulté et y étaient représenté). On croyait avec enthousiasme que les interventions publiques seraient éclairée par une feuille de route guidant la fonction publique dans la mise en oeuvre d’un plan numérique.

Mais la récente élection, la dormance de ce comité conseil et derniers mois d’activités parlementaires (mis à part quelques wet dreams ci et là) démontrent l’ampleur du manque de vision et l’absence de leadership politique en matière de numérique au Québec.

Les projets numériques gouvernementaux adressent les citoyens à titre d’individus consommateurs de services publics, suivant une logique topdown alors que le numérique impose une vision plus horizontale, facilitant l’apport des citoyens dans le processus législatif, dans le policy making, suivant une certaine forme de eGovernance.

Si on ne surpasse pas la petite politique et l’opportunisme électoral, le numérique demeurera un outil politique servant à la numérisation d’un monde analogique noir, blanc et propagandiste tout en maintenant la démocratie représentative dans son marasme actuel.

Nous échouons donc actuellement sur le plan politique parce que:

– nos leaders politiques n’engagent pas de ressources administratives, financières et intellectuelles afin d’inscrire le numérique dans l’agenda législatif;

– les interventions numériques actuelles de l’État semblent réactives ou improvisées, résultant de politiques publiques mal informées, d’apparence pas ou mal coordonnées;

– on semble préférer un agenda de connectivité plutôt qu’un agenda de développement;

– on peine à définir l’intérêt public à l’ère numérique, à appuyer la société civile déjà à l’oeuvre.

Mais comme je l’ai dis plus tôt, côtoyant quotidiennement ces agents de changement déjà à l’oeuvre sur le terrain pour adresser ces problématiques, j’ai confiance qu’une locomotive sociale aussi imposante saura nous approcher de ces idéaux démocratiques, d’une vivifiante citoyenneté numérique. Une forte dose de leadership politique serait toutefois nécessaire pour en accélérer le parcours. La société civile ne peut toujours traîner ses lourdes institutions sans y perdre en énergie ou en rythme.

Ce qui nous manque:

– un soutien politique adapté aux besoins citoyens, un soutien politique de  l’innovation citoyenne;

– de la transparence, pas du marketing: l’ouverture des données est un premier pas plus qu’accessible, illustrant bien le potentiel qu’a le numérique lorsqu’il est question de reddition de comptes et de gouvernance éthique;

– la diffusion à plus large échelle des projets citoyens actuellement à l’oeuvre. L’appui officiel de leaders politiques aux projets numériques concrets menés par des citoyens développeurs serait plus probant et convaincant que de vains discours;

– nous avons besoin d’engagements et de délibérations, pas de cadeaux électoraux visant à calmer les tenants d’une politique numérique ou d’énièmes consultations pour avaliser des décisions déjà prises.

En d’autres mots, nous avons besoin d’un plan numérique pour guider l’intervention de l’État et mieux arrimer son action à celle des citoyens déjà à l’oeuvre. Au niveau praxis, nous avons besoin d’au moins un lieu à Québec (Maison du numérique, Lab ou autre appellation) pour favoriser l’émergence et la diffusion des bonnes pratiques, des exemples concrets d’applications du numérique en démocratie de même que pour démystifier le numérique auprès des citoyens qui y sont plus récalcitrants, qui n’y voient pas le potentiel, l’intérêt ou qui n’y ont tout simplement pas accès.

C’est à mon sens les deux pierres angulaires permettant de poursuivre un agenda démocratique en tête duquel figure la question de la fracture numérique.

La démocratie participative version Obamanomics
29 janvier 2009

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On a raison de se réjouir de l’entrée en fonction du Président Obama. On a également raison de féliciter les dispositifs participatifs qu’il entend mettre en place afin d’améliorer la communication entre élus et citoyens. L’enthousiasme doit être circonscrit : on ne réinvente pas la roue mais…

La volonté de changement s’exprime notamment en sollicitant les suggestions des citoyen. Inside the transition nous invite-t-on sur Change.gov, site mis en ligne par l’équipe présidentielle chargée de la Technologie, de l’Innovation et de la réforme gouvernementale (TIGR). Cette transition entend redorer la légitimité perdue de l’institution présidentielle américaine. Retrouver la porter symbolique de l’action publique en se rapprochant,du moins en apparence, de ce qui fait sens pour les électeurs.

Les critiques ont souligné à grands traits, durant des années Bush2, l’effritement de la légitimité du président sortant. Cette perte de confiance et d’autorité résulte notamment de deux crises (Lenoble et Berten 1992 :84). Celle de l’État-providence, paraissant bien incapable de réguler l’économie (non sans avoir allouées des sommes considérables) ou la société. Celle du politique, plus subtile, perceptible à la perte progressive de pouvoir symbolique, forme d’autorité qui en vient à se réfugier dans des sous-systèmes autonomes (Luhmann, 1990).

Il est donc sage de reconnaître aux citoyens, en apparence ou bien réellement, une légitimité aux idées qu’ils expriment. Ce vœu paraît d’autant plus recevable étant donnée la portée référentielle (en termes de lois, codes, mesures, valeurs, préférences, etc.) du plan global de relance qu’entend mettre en branle l’administration d’Obama.

Citoyen2.0?

C’est dans les médias sociaux que fermentent des réseaux sociaux, réseaux qu’a observé Jalali Hartman sur 37 mois lors de la course présidentielle de 2008. Le site Change.gov s’inscrit en droite ligne des Obamanomics et illustre à quel point le recours à la communication politique peut rapprocher, à tout le moins en esprit, deux champs s’étant différenciés : l’État et la société civile (Touraine, 1989 :46).

Mais il ne faut négliger ni la forme, ni l’instigateur de cette consultation du citoyen. Encore moins son poids réel dans la prise de décision. Avec le nouveau site de la Maison-Blanche, qui souligne que le Président Obama s’engage à créer l’administration la plus ouverte et accessible de l’histoire américaine et Change.gov, les stratégies déployées par le TIGR demeurent des prises en compte institutionnelles des demandes des mouvements sociaux (Gret et Sintomer, 2005 :100).

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Le citoyen médiatisé
6 décembre 2008

jazz-nightNombreux sont les commentateurs du côté des médias sociaux à avoir décrié le caractère purement accessoire de la dernière campagne électorale provinciale par manque de débats de fond. Et sans doute fort peu nombreux seront les électeurs à se rendre aux urnes le 8 décembre prochain. Il faut s’attendre à de vives réactions, condamnant le cynisme ambiant ou la faillite des représentants politiques à soulever de réels enjeux[i].

La politique semble vouloir se restreindre à ses stricts aspects procéduraux, contraignant et prescrivant une citoyenneté désincarnée dont ne veulent plus les citoyens. Loin d’en être exténués et surtout assoiffés de participation, de consultation et de contribution, ces derniers sont toutefois de plus en plus nombreux à se rabattre sur la délibération, la contestation et le militantisme dans l’espace public virtuel. Qu’y trouvent-ils de plus?

Cette multiplication des sources d’information est un phénomène depuis longtemps documenté. L’espace public étant pluriel nous devons parler davantage d’un droit à la communication que d’un rigide droit à l’information. Et ce que recèle ce processus dialogique est riche en référents citoyens.

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